Il s’agit d’un livre publié en 1984 aux USA par le Dr Eliyahu Goldratt. Il s’est vendu à plus de 3 millions d’exemplaires à ce jour. Aujourd’hui, il est le seul livre qu’un étudiant d’une business school (école de commerce) américaine peut affirmer avoir lu d’une couverture à l’autre. La raison en est probablement qu’il est écrit sous la forme d’un roman.
L’intrigue est simple. Le héros, Alex Rogo, se voit nommer directeur d’une usine. Cette usine est l’une des dernières à donner du travail à la petite ville où vivent ses parents. c’est la ville qui l’a vu grandir.
Or, le retour de l’enfant prodigue tourne vite au cauchemar.
La production est chaotique. Les livraisons sont en retard, les clients se plaignent, les heures supplémentaires s’accumulent. Notre héros se trouve vite comme dans un océan en pleine nuit. Sa femme qu’il a contraint à déménager loin de tout ne le voit plus. Ses parents, qui maintenant vivent à côté, ne le voient pas plus.
Un matin, son patron lui apprend qu’il ne lui reste que 3 mois avant de devoir fermer l’usine. Et sa femme décide de “prendre du champs” pour “réfléchir”.
Alex va, alors, se souvenir d’un rencontre avec Jonah, l’un de ses anciens professeurs. Cette rencontre avait eu lieu quelques semaines auparavant, dans un aéroport. Jonah qui était à l’origine professeur de physique, semblait devenu un “gourou” du management. En quelques questions, il avait sérieusement dé-stabilisé Alex.
Jonah n’avait semblé s’intéresser réellement à Alex qu’en apprenant qu’il se rendit à un congrès sur la robotique.
– Ah vous fabriquez des robots ?
– Non, je suis un utilisateur ! Mon unité est une usine-pilote dans notre groupe en matière d’usage de robot de production.
– Et … vous en êtes content ?
– Certes ! Nous avons gagné 22% de productivité grâce à eux !
– Votre usine a gagné 22% de productivité grâce à la robotique !!!
– Mais non ! Les ateliers qui les ont, ils ont gagné ces 22%
– ah ! Et … l’usine ? Produit-elle plus ?
– euh … non … je ne pense pas
– ah … Mais … avez-vous moins d’employés dans l’usine maintenant ?
– euh … oui et non ! Moins d’ouvriers mais plus de maintenance !
– ah. Cela doit être plus compliqué à gérer comme main d’oeuvre … plus chère, plus rare non ?
– …
– et j’imagine que vos stocks d'en-cours doivent monter au plafond et que vos retards sont continus !
– mais oui … mais comment le savez-vous ?
– mais c’est vous qui me l’avez dit !
– ???
– permettez-moi une dernière question : vous avez parlé de gain de productivité, comment définissez-vous “productivité” ?
– et bien … j’imagine que la définition la plus proche doit être “amélioration des résultats dans le sens de l’Entreprise”
– okay et qu’est-ce que le “sens de l’Entreprise” ? Quel est le “But” de l’Entreprise ?
Et sur cette question, Jonah doit embarquer dans son avion.
Cependant, le quotidien de l’usine avait repris le devant. Jusqu’à ce fameux jour !
Alex va tenter de répondre à la dernière question puis remettre la main sur Jonah. Ce dernier va contraindre Alex par ses questions, par sa maïeutique, à repenser sa pratique du management.
Les idées fondamentales de ce livre sont :
1. il faut aligner son entreprise sur sa ressource la plus faible, son goulet d’étranglement
2. le principal est la maximisation des optima locaux.
Lorsque Goldratt écrit ce livre, il est le fondateur avec son frère d’une entreprise de logiciel pour la gestion de production. Leurs produits sont implantés chez des entreprises de référence. Ils produisent un résultat impressionnant. Pourtant, à la grande frustration de Goldratt, la vente est toujours aussi laborieuse. Il est toujours contraint de se faire l’évangéliste de son entreprise pour emporter la décision.
Il écrit donc ce livre dans l’idée de faciliter la vente de ses produits. Il l’écrit sous une pression importante : le temps qu’il consacre à sa rédaction fait défaut à l’entreprise, le co-auteur croit tellement peu à l’idée qu’il exige de n’être payé qu’au fixe (dommage n’est-ce pas ?).
Le succès est très rapide. Les lecteurs se reconnaissent dans le héros et sa situation. Certains implémentent immédiatement les leçons de l’ouvrage. Goldratt constate alors que leurs résultats viennent plus vite que ceux de ses logiciels. En conflit avec son frère, il décide de se consacrer à la propagation de ses idées plutôt que de ses logiciels. Celui-ci lui rétorque : “Je m’en fous de sauver le monde, je veux gagner de l’argent !”.
Si ce livre est très lu, il ‘est pas pour autant toujours bien compris.
La plupart des étudiants qui l’ont lu l’on rangé dans la catégorie “gestion de production” (pas des plus sexy). Les professeurs apprécient l’ouvrage comme un moyen de vulgariser la réalité d’une usine. Par ailleurs, il est parfois difficile pour les lecteurs d’élargir l’usage de cet enseignement au delà du management d’une unité de production.
C’est pourquoi Eli Goldratt a écrit des livres appliquant sa théorie dans d’autres circonstances.
Il publie successivement :
“Réussir n’est pas qu’une question de chance”
“un an pour sauver l’entreprise”
“la chaîne critique”
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