En occident, le système bancaire repose sur un monopole : seules les entreprises agrées par les autorités peuvent prêter de manière régulière.
Le problème est le suivant : que penser d’un monopole où le régulateur autorise que les revenus viennent d’autres activités ?
Avez-vous imaginé la distortion de concurrence si le monopole de distribution d’eau gagnait sa vie en vendant des produits d’assurance ?
Le CSA interdirait tout autant une publicité pour un magazine TF1 dans les mêmes conditions, n’est-ce pas ?
Alors pourquoi laisser cette entrave à la concurrence ?
Vous pourrez penser que n’est un problème que pour les concurrents. Qui sont-ils ?
les assureurs, les leaseurs, les affactureurs, les gestionnaires d’actif, les opérateurs de téléphonie mobiles, les sociétés de surveillance de domicile, … mais aussi les opérateurs de marché (ex société de bourse) !
En effet, les activités de marché ne sont pas du champ de ce monopole.
Bien au contraire, les lois interdisaient ces confusions. Les leçons de la crise de 29 avaient été prises : la loi Glass-Steagall de 1933 a résisté jusqu’en 1999. Et dix ans plus tard (effet du hasard ?), la crise financière éclatait. De nos jours, aux USA, certains politiques et analystes pensent qu’il convient de reprendre cet réglementation. En Angleterre, c’est Vince Cable, le ministre du commerce qui pousse l’idée développée par la commission Vickers.
La semaine dernière, nous apprenions sans surprise qu’un rogue trader avait à nouveau frappé. Cette fois-ci, c’est UBS qui a perdu 2 milliards. La dernière fois, c’était la SocGen. Mais ce n’était sans doute que la dernière fois que l’on avait dépassé le milliard de perte.
Examinons les effets de ce monopole biaisé :
sur la concurrence, l’effet est net. Dans un grand nombre de secteurs, il ne reste qu’un seul acteur “indépendant”. Cet acteur sert les banques pas encore assez grandes (pas encore rachetée par une grosse). Dans le cas de l’affacturage, c’est General Electric qui tient le rôle. Dans les activité de marché, c’est Oddo & Cie qui tient ce rôle.
mais sur les banques elle-même, l’effet est majeur ! Il est évident que les affaires comme celle de Kerviel ne peuvent arriver que par un effet de taille. Qui aurait accepté de porter un risque de contrepartie de 50 milliards d’euros contre une société de bourse indépendante ? Ce n’était pas Kerviel qui était en risque, c’est les fonds propres de la banque qui le portait.
sur l’économie en général, les effets me paraissent encore plus délétères.
Imaginez le point de vue du contrôleur de gestion de la banque ! Puisque l’on a des tonnes de produits à vendre, l’important est de faire venir le chaland. Le prêt est donc le produit d’appel naturel (puisque nous sommes en monopole). Qui fait de la marge sur un produit d’appel ? Donc le prêt n’est pas un produit rentable pour la banque. Donc nous devons éviter d’en distribuer, au profit des frais, des flux, des produits non bancaires. Et nous allons, de ce pas, mettre en place une politique d’incentive en ce sens.
Donc en définitive, notre système fait, de ceux qui ont le monopole du crédit,
des adeptes des gains sur les marchés ou dans des activités non bancaires
et des réfractaires aux clients consommateurs de crédit !
Il me parait donc urgent de rétablir une règle simple : ceux qui veulent le monopole doivent être interdits de toute autre activité.
Certes, cela va demander une adaptation : probablement faudra-t-il accompagner cela d’une dé-construction des groupes bancaires et que ces organisations réapprennent à prêter aux bons emprunteurs avec les bons taux.
Sans doute, les prêts seront-ils plus chers mais ils seront disponibles. Leur coût global ne sera plus payé par un risque de marché ou de destruction de concurrents innovant.
Je suis totalement d'accord avec cette interprétation. Les banques ne réalisent plus que 25% de leur activité sur les prêts, le reste venant des activités de marché (50% environ) et des commissions et frais de gestion (environ 25%).
Il est donc beaucoup plus rentable de s'acharner sur un pauvre entrepreneur qui lutte pour survivre en le noyant sous les commissions plutôt que de prendre le risque de prêter et de perdre l'argent prêté.
IL est urgent que les banques se prononcent : soit elles font du crédit et uniquement du crédit, et elles restent banques ; soit elles ne veulent plus en faire, et elles ne sont plus des banques.
Autrement dit, je confirme les propos : il faut règlementer l'activité de prêt et qu'elle soit exclusive de toute autre activité.
Je me demande même, puisque nous en sommes à réouvrir les anciennes règlementations, s'il ne faut pas revenir à une nationalisation du système bancaire, au moins pour tout ce qui est prêt aux entreprises. En effet, qui d'autres que l'Etat peut accepter de porter un risque dans le monde actuel ?
Nous touchons là au problème majeur de tous les créateurs d'entreprise : où trouver un financement pour se lancer, avec des moyens suffisants (autrement dit pas l'aumône d'un micor crédit de 5 000 € d'une association quelconque, mais bien le prêt de 50 000 ou 100 000 euros qui permet de lancer un vrai projet) ? Comment faire pour donner envie aux entrepreneurs de prendre le risque d'entreprendre, dans un monde où il vaut mieux être rentier qu'audacieux ? C'est certainement là que la création d'un système d'Etat pour les créateurs trouve tout son effet, puis que les banquiers ne prêtent pas. Ils ne prêtent d'ailleurs que si le projet obtient la garantie de OSEO qui couvre 70 % du financement. Sinon pas de prêt. ET OSEO est un organisme ... garanti par l'ETAT !
Allez encore un effort, supprimons le relais par les banques et nous ferons des économies de gestion.
Sinon il ne reste qu'une seule solution : que les citoyens contournent le système et se prêtent entre eux, pour continuer à faire tourner la machine économique. Il est probable que nous allons prochainement revenir à des notions ancestrales de troc, d'échange, de prêt de personne à personne, le tout sans passer par une valorisation économique, car je crains que nous soyons sur le point d'aller trop loin dans la captation de la valeur ajoutée par le système.
Rédigé par : Philippe LASSERRE | 23/09/2011 à 12:05
Historiquement, le taux de sinistre dans l'activité bancaire est de l'ordre de 0.5%. C'est donc facilement pris en charge par la marge nette sur chaque prêt.
Je ne crois donc pas qu'il soit obligatoire de mettre l'état en face.
OSEO nous a bien montré ce qu'il en advient : faute d'un vrai accès au marché, c'est devenu un outils pour les banques. C'est devenu une sur-garantie alors que cet organisme était là pour réduire l'appel à la caution de l'entrepreneur.
Sur le terrain, nous avons même constaté que des banques utilisent le prétexte d'Oseo pour ajouter une caution bancaire là où ils avaient accepté un crédit sec.
Qui d'autres que l'Etat peut accepter de porter un risque ? Hélas, l'Etat est le dernier à accepter de porter un risque. Voyez comment la loi sur les faillites est formulée : l'Etat est privilégié, il est payé en premier rang parmi les débiteurs !!!
Il faut bien comprendre que la fonction publique est animée par l'idée de ne pas gaspiller l'argent du contribuable.
Ce but qui peut paraître noble passe avant toute idée de justice ou d’efficacité économique.
Je crois à la renaissance d'une multitude de petites banques entrepreneuriales qui, elles, pourront prendre des "risques" (qui sont, on l'a vu plus haut, assez limité).
Rédigé par : JXO | 26/09/2011 à 14:02